Combien d’années? 30? 40? qu’importe les décennies... Jacques Dupont écrit sur le vin depuis bien longtemps et avec toujours autant de plaisir. Il écrit, il goûte, il avale les kilomètres, il écoute, il observe chaque année les vignerons français (et étrangers) avec passion et professionnalisme. Un travail de longue haleine qui nous vaut chaque année des conseils avisés dans l’hebdo Le Point et son « Spécial Vin » crée par lui même et en collaboration depuis quelques années avec un autre passionné et ami Olivier Bompas. 

Jacques Dupont sait encore faire briller les lettres de noblesse du Journalisme en goûtant avec objectivité, à l’aveugle, des milliers de vins chaque année. Ici ou là on peut lire qu’il affectionne particulièrement le vignoble Bordelais, les Grands crus…  mais c’est pourtant un des premiers et encore actuels à défendre les vignerons du Languedoc et leur acharnement à produire des vins de qualité pour démolir les préjugés.

Une objectivité qui nous vaut d’ailleurs dans son livre quelques remarques sur les voyages de presse, les journalistes qui ont tendance à se laisser séduire par un week-end dans un hôtel 5 étoiles tout frais payé pour vanter les mérites de tel ou tel produit. Chose qu’il refuse, il a bien raison.

Bon, il n’a pas sa langue dans sa poche non plus, Jacques Dupont, et c’est certainement pour cela qu’il est le plus apprécié (ou décrié).

INTERVIEW

Vous alternez entre Guide sur les vins, livre autobiographique et pamphlet-manifeste, quel est le contenu et l’objectif aujourd’hui de votre dernier livre « Le vin et moi » ?

Jacques Dupont : Le but s’il y en a un c’est de faire réfléchir le lecteur mais surtout de le faire rire. Les livres sur le vin sont souvent très ennuyeux et font un peu peur aux gens. Quand je dis mon métier à quelqu’un la première réaction souvent c’est « ah le vin moi je n’y connais rien ». Donc j’avais envie d’un livre qui donne des informations mais avec de l’humour surtout, le vin n’est pas une science mais un plaisir il ne faut pas l’oublier.

Dans ce livre, on retrouve votre patte, votre sens de la dérision, je pense notamment au « Domaine de la Duglandière » faisant référence aux noms de domaines viticoles trouvés « à la va-vite ». Le monde du vin manque d’humour aujourd’hui?

J.D: Oui je crois, à partir du 20 ème siècle on est passé de la gaudriole liée au vin ou l’ivresse des poètes à un vocabulaire chirurgical. On ne boit plus du vin, on « déguste ». C’est le reflet de l’hypocrisie de la société actuelle, du politiquement correct. Pourtant on a besoin de se faire plaisir, simplement. Quand on écoute de la musique à la radio on a pas besoin de connaître le solfège… pareil pour le vin, un peu de légèreté…

L’ ivresse, c’est un de vos chapitres, une de vos batailles aussi. Est-ce toujours autant pointé du doigt en France? On aime boire mais il ne faut pas le montrer? et surtout sans excès?

J.D: Oui, alors je ne défends pas l’ivrognerie bien sûr mais je dénonce l’hypocrisie et cette chape sur le vin qu’on assimile à une molécule d’alcool… Si on est huit à table avec du vin on échange, on prend du plaisir, si il n’y a que de la flotte chacun reste dans son monde et puis voilà. Je ne critique pas les gens qui boivent de l’eau mais cette légère ivresse que l’on a en buvant un verre de vin, elle nous détend, elle nous donne le sourire, c’est le meilleur remède contre la mélancolie. Refuser d’en parler c’est hypocrite.

 

Dans votre livre vous parlez également « des mots du vin »  avec dérision mais aussi pédagogie, y a t-il vraiment un bon et un mauvais vocabulaire du vin?

J.D: Quand on commence à s’amuser à goûter le vin il y a tout de suite un lien avec la mémoire. Le vin évoque des odeurs de notre enfance, de notre quotidien. Chacun peut mettre ce qu’il veut dedans. Il n’y a pas de mot savant, à chacun de s’éduquer. J’essaie d’expliquer dans le livre la minéralité entre autres. Le vin c’est l’expression de la vigne, des sols, la recherche de l’expression d’un terroir, c’est la minéralité. Je raconte cela aux gens pour qu’il comprenne vraiment ce que ça signifie.

« Naturellement (ou pas) », le chapitre qui soulève le débat depuis quelques années sur les vins naturels. Je vous cite: « On peut aimer la variété sans maudire le classique et aduler Coltrane sans traiter Amstrong de manchot asthmatique« . C’est votre façon de dire stop aux clivages Nature contre Conventionnel?

J.D: J’avoue que je préférerai que les vignerons disent « je fais le vin le plus naturellement possible » ça oui, certains le disent d’ailleurs. Moins on bricole le vin mieux c’est. Ce que je regrette, c’est qu’on remplace la recherche par de l’idéologie. Boire un vin pas bon mais dire que c’est naturel donc c’est pas grave: NON. Je n’aime pas ce côté secte. Ces mouvements ont apporté des choses nouvelles au vin. Si ça fait réfléchir ceux qui mettent du soufre en plus de la mise en bouteille, pourquoi pas. Jean-Robert Pitte, géographe et passionné de vin disait « Dans un verre de vin, il y a un tiers de géographie et deux tiers d’histoire« . Ok pour l’histoire mais pas d’idéologie, sinon ça rend stupide.

Étiquettes moches ou incompréhensibles, voyages de presse, anglicisme… il y a aussi pas mal de choses qui vous déplaisent dans le milieu du vin?

J.D: Oui pas que dans le vin d’ailleurs! Mais le milieu du vin est aussi touché par des choses qui m’agacent. L’anglicisme m’énerve. Je me moque un peu des gens qui remplacent des mots traditionnels par de l’anglais. Quand je vois dans mes mails des invitations où l’on donne un vernis moderne à un mot d’un classique pur ça m’énerve. Les voyages de presse c’est pareil,je n’y vais pas, je veux garder mon indépendance.

Que faut-il souhaiter au monde du vin pour 2017?

J.D: Je souhaite aux vignerons bourguignons qu’ils remplissent un peu leurs tonneaux car ça fait plusieurs années qu’ils sont touchés et encore l’an passé avec la grêle. Pareil pour le Languedoc. Je souhaite aux grands crus de Bordeaux de baisser leur prix et aux petits de pouvoir un peu augmenter… mais bon peur d’espoir! (rires). Je souhaite surtout aux consommateurs de pouvoir boire du vin tranquille, qu’on arrête de les culpabiliser quand ils ouvrent une bouteille. Pour reprendre Georges Pompidou,  » Mais arrêtez donc d’emmerder les Français ! Il y a trop de lois, trop de textes, trop de règlements dans ce pays ! On en crève ! Laissez-les vivre un peu et vous verrez que tout ira mieux !« .

Merci Jacques Dupont.

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