S’il était un cépage, il serait un carignan. Vigoureux, dynamique et très généreux… parfois même dur à canaliser!

Oui, parce qu’il a des choses à dire Fabrice.

Justement en l’écoutant parler du vin, du métier, des métiers du vin, je me suis dit que ça tombait sous le sens de le rencontrer et d’écrire son portrait. Les agents, c’est la fin de la chaîne de production viticole, sans eux le commerce des vins est au ralenti, pour ne pas dire au point mort.

Qui s’occuperait de l’export à l’étranger? qui irait démarcher les restaurateurs? qui fournirait les cavistes? …

Il suffit de l’écouter pour comprendre qu’il n’est pas un simple commercial ou « passeur » mais un vrai passionné, connaisseur et professionnel. C’est dans la sommellerie qu’il démarre à la prestigieuse école de Tain l’Hermitage. Là il apprend le service, la rigueur et la passion du vin et de ses délicats accords avec la gastronomie française.

Il débute à la table de Guy Savoy puis chez Macéo à Paris. Mais l’envie de voyages et de découvertes est trop forte et c’est ensuite vers Atlanta qu’il s’envole où l’attendent deux années de travail intensif chez Seeger’s. Établissement médaillé et reconnu où œuvre le fameux Gunter Seeger qui a aujourd’hui ouvert une table à New-York en plein Manhattan.

Le 11 septembre 2001 le fait rentrer au bercail. Il prend le poste de Chef sommelier au Clos de la Violette à Aix en Provence.

Puis il y aura la bascule, la rencontre avec la famille Perrin qui l’invite à venir travailler chez Beaucastel. Cinq années dans cet endroit magique où il vante et reçoit néophytes ou stars du vin pour faire déguster les cuvées de la maison. Une expérience forte et fondamentale, qui l’a converti petit à petit au commerce des vins.

Depuis huit ans, c’est à la Maison Billard dans le Beaujolais que Fabrice travaille. Sur son catalogue, pas loin de 145 domaines du nord au sud et d’est en ouest de la France. De la grosse étiquette ou du vigneron isolé mais brillant, ses clients sont nombreux.

Lui avale les kilomètres, si j’étais bourguigonne je dirais « le gars, c’est un bosseur ». Un acharné qui a du mal avec le mot « vacances ».

Il goûte tout et vite. Il propose, ses clients disposent.

« Faire rêver les gens », c’est sont truc, son leit motiv, un objectif qu’il ne perd jamais de vue. Il déguste très bien ressent énormément et aime par dessous du tout transmettre. D’ailleurs il se verrait bien formateur dans quelques années et on le comprend…

L’avenir du commerce du vin en France? Pour lui, pas de catastrophe annoncée au contraire. Le marché étranger renouvelle le marché français.

Les prix ne baisseront pas, selon lui, dans l’Hexagone on est obnubilé par l’appellation.

L’avenir est dans les vins de masse ou les vins d’élite… l’entre deux pourrait souffrir.

Le « vino business »? Pour le contrer, il faut faire un effort sur soi avant tout . « Personne t’oblige à boire du Tariquet »... et il a pas tort. La standardisation rassure certains clients mais il faut faire des choix.

Je lui ai demandé de m’emmener dans un endroit qui lui parle et c’est à Gigondas, face aux dentelles de Montmirail que nous nous sommes retrouvés.

Pourquoi Gigondas? Pour lui l’image que les gens ont de cette appellation est erronée. Le cliché: puissance, chaleur, tradition.  Pour Fabrice, le poids de la tradition ici force les vignerons à perpétrer une certaine typicité.

« Je veux pas mettre Gigondas en compét’ avec Châtenauf-du-pape, je veux juste qu’on reconnaisse à Gigondas sa capacité d’exprimer une finesse quasi-bourguigonne, mais certains à Gigondas doivent stopper leur rusticité ».

Son « coup de coeur » à Gigondas. Les lieux-dits, Domaine Santa-Duc. Pour lui, Yves Gras est un des plus grands vignerons de l’appellation. Très connu à l’étranger, peu en France. Les Lieux-dits c’est pour lui la cuvée la plus complète. Floral, cerise fraîche, délicieux au nez. En bouche, joli volume en attaque, beaucoup de délicatesse. La minéralité! très importante pour lui, ce qui porte la longueur en bouche.

Accord avec un carré d’agneau persillé. Ça donne envie!